ARTICLE — Combler l’écart entre sciences comportementales et législation
À la suite de la récente table ronde européenne sur le rôle du comportemental dans la transition écologique, Mikael Mikaelsson, responsable européen de l'innovation en matière de réduction des émissions et du changement climatique, nous fait part de ses réflexions sur l'importance de prendre en compte le rôle des comportements lors de la conception des politiques publiques.
Atteindre nos objectifs ‘zéro émissions’ nécessite un plus grand engagement du public, accompagné d'une adoption rapide et généralisée de nouvelles technologies à faible émission et d'une réduction considérable de la consommation de produits et services à forte intensité carbone.
Ce message est ressorti clairement du rapport spécial du groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). En effet, les différentes voies permettant d'atteindre l'objectif de 1,5 °C décrites dans le rapport supposent toutes une atténuation substantielle de la demande, notamment des changements de comportement et de mode de vie.
Les preuves sont claires : le changement de comportement doit être la pierre angulaire de notre réponse à la menace climatique. Depuis la publication du rapport spécial du GIEC sur les 1,5°C, les preuves de la nécessité d'adopter des mesures axées sur la demande pour parvenir à un monde sans émissions d'ici à 2050 n'ont fait que croître. Et le récent rapport du GIEC a souligné que les secteurs qui représentent la plus grande partie des émissions mondiales de CO2 sont les mêmes secteurs où les politiques et les mesures axées sur l'utilisation finale permettraient de réduire le plus les émissions. En conséquence, en l'absence d'un changement substantiel des comportements du public et des organisations en faveur de la durabilité, les objectifs de l'accord de Paris sont menacés.
Une action de plus en plus urgente
Comme nous l'avons mentionné plus haut, il est essentiel que nous fassions avancer la réduction des émissions liées à la consommation afin d'atteindre notre objectif à long terme de zéro émission nette d'ici 2050. Et des facteurs économiques et géopolitiques plus récents, agissant de concert, ont fait naître un nouveau sentiment d'urgence à s'attaquer à la consommation non durable à plus court terme.
Le secteur mondial du pétrole et du gaz, par exemple, a connu un niveau accru de désinvestissement ces dernières années, en raison des appels lancés par les dirigeants politiques, le secteur financier et la société civile. Dans le même temps, la baisse imminente de l'offre de pétrole et de gaz qui en résulte ne s'est pas accompagnée d'une baisse de la demande, ce qui a de graves répercussions à court terme sur la sécurité énergétique (et plus largement sur celle des produits de base). De plus, le conflit entre l'Ukraine et la Russie a encore exacerbé ce décalage entre l'offre et la demande en raison des sanctions internationales imposées aux exportations russes de pétrole et de gaz. Les changements de comportement et de consommation peuvent en partie combler ce fossé.
Bien que le changement de comportement puisse être un sujet controversé dans le domaine politique, le fait est qu'il est inévitable en raison du changement climatique. La question est de savoir si nous allons volontairement procéder à ces changements pour permettre la transition vers un monde sans émissions et éviter les pires conséquences du réchauffement de la planète, ou si les changements de comportement nous seront imposés au fur et à mesure que le changement climatique ébranlera l'écosystème sur lequel nous comptons pour maintenir notre mode de vie.
Table ronde européenne sur le rôle du comportemental dans la transition écologique
Les gouvernements de toute l'Europe ont commencé à explorer les options politiques permettant de réduire les émissions liées à la consommation grâce à des solutions axées sur la demande. Cela inclut le changement de comportement individuel, la Suède étant à l'avant-garde avec le premier objectif d'émissions basé sur la consommation au monde. Les politiques et mesures axées sur la demande seront déterminantes pour définir les voies à suivre pour atteindre ces objectifs fondés sur la consommation.
Pourtant, les preuves de l'existence de politiques et de mesures adéquates du côté de la demande, et de l'efficacité de leur application, restent limitées. Il est donc primordial que les décideurs politiques, les entreprises et les autres praticiens se réunissent pour développer une meilleure compréhension collective des sciences comportementales et établir une collaboration internationale afin d'accélérer la transition vers une société durable via les comportements des individus et des institutions.
C'est pourquoi le Réseau Science & Innovation du gouvernement britannique, le ministère néerlandais des affaires économiques et de la politique climatique et le Conseil suédois de la politique climatique ont organisé conjointement, les 3 et 4 mai, la table ronde européenne sur le rôle du comportemental dans la transition écologique, en partenariat avec le cabinet d'experts en changement de comportement Behaven. La table ronde a rassemblé plus de 50 décideurs politiques, universitaires et représentants de l'industrie et d'organisations non gouvernementales de toute l'Europe pour :
Aider à concevoir des politiques fondées sur la science pour encourager un changement de comportement et un changement sociétal plus large vers une consommation durable,
Mettre en place de la recherche axée sur les défis et adaptée aux besoins des politiques, et
Établir une plate-forme de collaboration sur le long terme qui s'appuiera à la fois sur des efforts gouvernementaux et non gouvernementaux.
La table ronde s'est concentrée sur les trois secteurs clés mis en évidence par les rapports du GIEC à savoir la mobilité, l'énergie et l'alimentation.
Réflexions clés
La table ronde a souligné l'importance du timing, du contexte et des environnements favorables, ainsi que de l'équité et de l'accessibilité. Étant donné que les habitudes constituent une forte barrière au changement de comportement, les mesures efficaces doivent saisir les ‘fenêtres d'opportunité’ pendant les moments de changement où les habitudes sont plus faibles (par exemple, le comportement de mobilité pendant la pandémie de C19). Le choix du moment est important.
L'environnement social, culturel et politique dans lequel le comportement a lieu en détermine le contexte et l’opportunité qu’il puisse avoir lieu. Les environnements favorables sont essentiels pour garantir que les comportements souhaités sont faciles, accessibles et abordables pour les gens. Dans le cas contraire, les politiques conçues pour susciter ces comportements ont toutes les chances d'échouer.
L'équité et l'accessibilité soulignent l'importance de veiller à ce que les politiques soient inclusives et, par exemple, qu'elles ne fassent pas pression ou pénalisent les des groupes d'individus pour lesquels le changement de comportement pourrait être financièrement difficile. L'équité est donc un facteur prédictif de l'acceptation des politiques.
Les participants à la table ronde ont également discuté de certains comportements à fort impact dans les secteurs de la mobilité, de l'alimentation et de l'énergie. Certains des outils comportementaux qui se sont avérés efficaces dans les politiques et les pratiques ont été résumés dans un récent rapport publié par Behaven.
Aller de l'avant
En partenariat permanent avec le ministère néerlandais des affaires économiques et de la politique climatique et le Conseil suédois de la politique climatique, le Réseau Science & Innovation du gouvernement britannique cherche donc à tirer parti du succès de la table ronde pour co-développer une plateforme durable pour les partenariats européens. Celle-ci permettra des contacts réguliers entre les acteurs gouvernementaux, universitaires et industriels, ainsi que des 'ateliers de mise en œuvre’ sectoriels, afin de renforcer les collaborations européennes dans le domaine de la recherche, de l'expérimentation politique et de la mise à l'échelle des comportements environnementaux.
Nous souhaitons la bienvenue à de nouveaux partenaires dans la poursuite de notre voyage visant à combler le fossé entre la science et la politique en matière de changement de comportement compatible avec nos objectifs ‘zéro émissions’.
Pour plus d'informations sur la table ronde européenne sur le rôle du comportemental dans la transition écologique, contactez info@behaven.com.





